Sans réponse tout court. Ni courrier intermédiaire du type: «Nous accusons bonne réception...», ni réponse fermement négative: «Nous sommes au regret de vous annoncer que notre choix s'est porté sur un autre candidat...». Ni même de fausses promesses: «Toutefois, nous nous permettons de conserver votre dossier.»

A 27 ans, cette jeune femme, diplômée en Lettres et forte de quelques expériences significatives, cherche à se faufiler dans la communication. Au début, elle se rongeait les sangs en se demandant si son dossier s'était perdu ou si son profil était trop saugrenu pour le poste. Aujourd'hui, elle n'a pas baissé les bras et continue inlassablement sa recherche. En revanche, elle n'attend plus de réponse et s'attache davantage à faire acte de candidature dès qu'une lucarne se présente. Quitte à être à côté de la plaque.

Et c'est là souvent le problème. «Les employeurs sont submergés par les profils qui ne correspondent pas au poste. Ils finissent même parfois par préciser dans l'annonce que seuls les profils adéquats obtiendront une réponse, car répondre coûte du temps et de l'argent à l'entreprise», explique Maria-Anna di Marino, présidente de l'association vaudoise des professionnels des ressources humaines (RH).

Offres spontanées délaissées

Mais ce n'est pas la seule explication. «Quand l'offre est spontanée, il y a moins de chance que le candidat reçoive une réponse. Les entreprises se concentrent sur les profils dont ils ont potentiellement besoin, c'est naturel», analyse Catherine Pollo, de l'Office cantonal pour l'emploi (OCE), à Genève.

Toutes les professions sont-elles touchées de la même façon? Pour Christiane Morel, directrice du cabinet Ethys, spécialisé dans le recrutement de cadres et de spécialistes, le phénomène ne touche pas les profils dont elle s'occupe: «C'étaient les gros bourrus qui ne répondaient pas, mais leur éducation est quasi achevée!, lance-t-elle. Et dans notre cabinet, quand un candidat ne correspond pas à nos attentes, nous lui envoyons une réponse négative par courrier électronique dans les quarante-huit heures.» Catherine Pollo avance, quant à elle: «Dans le secteur de l'hôtellerie et de la restauration, la culture est plus orale qu'écrite. Bien souvent, les candidats se présentent et amènent leur dossier écrit à la main. L'employeur qui ne répond pas a donc peut-être davantage cours dans ce secteur.»

Et pourtant, des diplômés en Lettres aux enseignants, les contre-exemples ne manquent pas. Enseignante d'anglais et de français, Françoise a vu ses candidatures méprisées à maintes reprises «surtout dans le privé, pour des postes fixes et temporaires. A chaque fois, j'ai répondu à des annonces parues dans la presse et j'en ai vu de toutes les couleurs. Je me remettais en question, mon profil, mon âge, qu'est-ce qui pêche? Je ne relançais jamais, car je partais du principe que l'absence de réponse en était une.» Or justement, il faut relancer. C'est le conseil des professionnels consultés. Tous le disent: «Il ne faut pas hésiter, et au lieu de se recroqueviller en se disant qu'on est bon à rien, il faut s'affirmer et téléphoner.»

Petites structures qui parent au plus urgent, manque de moyens où les secrétaires et les comptables assurent la gestion des candidatures comme un à-côté de leur fonction, toutes les explications sont bonnes. Ainsi, les PME qui n'ont pas de département RH sont sans doute les premières où le bât blesse. Mais les grandes entreprises ne sont pas non plus à l'abri de «l'erreur humaine», du dossier égaré, ou de la faille interne.

«Pas sérieux»

Mehdi*, 41 ans, quinze ans d'expérience professionnelle, s'était plié à quatre entretiens consécutifs pour un poste au Soudan. Il était mis au concours par la Fondation Hirondelle, à Lausanne, une organisation qui implante des médias dans les zones de crise. Son départ devait être imminent. Il cherchait une assurance appropriée pour sa femme sur place. Et puis, plus rien. L'ultime confirmation ne vient jamais. «J'étais dépité, et le suis toujours, un an après. C'est incroyable, il s'agissait d'un départ de taille où j'envisageais de sous-louer mon appartement, de louer un garde-meubles, de déléguer à un ami la gestion de mes factures, de faire les vaccins nécessaires, etc. J'avais même décliné les invitations aux mariages de l'été. Avec le recul, je considère que ce n'est pas sérieux.»

En fait, Mehdi a fait les frais d'un dysfonctionnement interne sans le savoir. Son recrutement est intervenu au moment où la Fondation se dotait d'un nouveau directeur qui a fait un passage éclair (six mois environ). Ce poste clé, mi-vacant, mi-occupé, a pesé sur la gestion globale. Interrogé, l'administrateur de la Fondation, Dennis Roshier, assure que le système a changé: «Nous avons eu beaucoup de plaintes des candidats. Nous avons désormais une procédure de suivi, et nous nous réunissons une fois par mois pour les dossiers en suspens.»

Aucune excuse

«Il n'y a aucune excuse à ne pas répondre, c'est une question de savoir-vivre», estime pour sa part Maria-Anna di Marino. «Car derrière une candidature, il y a toute une démarche: la formulation de la lettre, son impression, le timbre, le trajet à la poste, l'attente.»

Le portail PME du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) conseille: «Lorsque vous recevez les premières candidatures, vous devriez confirmer chaque lettre par une réponse provisoire.» Mais aucun garde-fou juridique, contraignant le recruteur à rendre réponse au candidat, n'existe.

L'employeur ne peut cependant pas disposer des dossiers comme il l'entend. Il doit les retourner aux candidats s'il s'agit de dossiers de candidature complets ou les détruire s'ils ne contiennent qu'une offre d'emploi accompagnée d'un curriculum vitae, conclut Marianne Favre Moreillon, spécialiste en droit du travail à Lausanne.