Les "corps" constituent l'ossature mentale et technique de la fonction publique. C'est cette architecture-là que le gouvernement souhaiterait voir disparaître au profit d'une "gestion par métier". La définition d'un corps - qui concerne aujourd'hui stricto sensu la fonction publique d'Etat (FPE), la fonction publique hospitalière (FPH) et la Mairie de Paris - est difficile à donner. Le rapport du Conseil d'Etat intitulé "Perspectives pour la fonction publique", publié en 2003, rappelle que "les corps groupent les fonctionnaires soumis au même statut particulier et ayant vocation aux mêmes grades". Un cadre pour le moins "elliptique".

Entre 1 500 et 1 700 est évalué le nombre de corps dans la FPE, dont 900 encore "vivants", c'est-à-dire où il existe des recrutements. Certains regroupant de gros bataillons comme les professeurs certifiés ou les gardiens de la paix, d'autres comptant quelques dizaines de personnes, à l'instar des magasiniers de la Cour des comptes. 72 % des fonctionnaires sont régis par 44 corps !!!

En 2007, on compterait 500 corps vivants environ, selon le ministère de la fonction publique. Avec presque autant de règles de recrutement, de rémunération, de promotion, et de mobilité !!!



"Ce système complique la gestion des ressources humaines, explique Eric Gristi, auteur de La Réforme de l'Etat (Vuibert, 2007). Dans une administration peuvent coexister des agents occupant une même fonction mais appartenant à des corps distincts, avec différents échelons, grades et modes d'avancement."
S'ajoute une autre difficulté : le frein à la mobilité professionnelle et géographique, malgré les procédures de détachement en place..."Elles sont lourdes, car l'agent doit obtenir l'autorisation de son corps et de celui dans lequel il souhaite évoluer. Dans la pratique, ces transferts ne sont guère valorisés. Les carrières sont cloisonnées au sein des corps."