Pastel, Dentelle et truelle, sont les mots qui composent le titre du blog de Céline...tout en douceur elle nous présente une belle tranche de vie...

Profession :

éditrice déléguée éditrice… Je cherche des idées de livres ou je transforme les idées des autres (quand ils me le demandent !) en concept et le concept en livre. Je travaille sur commande ou je vais proposer mes livres aux éditeurs. On peut aussi me confier une mission spécifique : traduction, écriture, création, correction, gestion de projet… déléguée… parce que je travaille pour le compte de maisons d'édition.

Lieu :

Un hameau de sept habitants "La Mayrié" planté quelque part sur la commune de Trévien dans l'Albigeois, un petit coin de paradis (sous un coin de parapluie).

Comment je suis arrivée là :

Pas en ligne droite, mais c'est le cas de beaucoup de gens. Donc un parcours fait de détours, de virages à 90°, balisé par quelques mots essentiels dans la vie des gens que j'ai croisés ou dans la mienne : curiosité, travail, confiance, nouveauté, apprentissage, chance, optimisme, culot…

Après le bac, aucune vocation ne se dessine, même au brouillon. Mes parents se désespèrent discrètement et me nourrissent au "pourtant tu as le choix". Justement ce choix m'encombre : ma problématique de l'époque (je sors de la filiale philo), c'est de savoir comment je vais bien pouvoir toucher de près tout ce qui m'intéresse, dans le temps qui peut m'être imparti (au mieux 100 ans). Menuisier ou prof de français ? Boulanger ou journaliste ? Jodie Foster ou commerçante ?

Je passe vite sur la suite : Angleterre, BTS, premier job dans une entreprise d'informatique à Lyon jusqu'à son dépôt de bilan, intérim, animatrice dans un centre de langues en Angleterre, fac de Lettres, école de correction… d'écriture et de communication à Paris cette fois…

Et, le 3 juillet 2000, après une centaine de candidatures spontanées, la porte d'une maison d'édition lyonnaise s'ouvre et on me laisse entrer !

Le poste de correctrice est créé pour l'occasion. Je me sens à ma place dans mon tout petit bureau où le silence règne. La maison en question est spécialisée dans les travaux manuels et ouvrages de dames récemment renommées "loisirs créatifs". Je relis tous les titres édités par la maison pour y traquer la faute, bien sûr, mais aussi pour m'assurer que l'ensemble est juste du point de vue technique… "Glissez-vous dans la peau d'un lecteur néophyte". Ça tombe bien, je n'ai pas à rentrer dans la peau de qui que ce soit : à l'époque, je ne connais absolument rien en tricot, patchwork, broderie, peinture, perles… Alors, pendant deux ans, je compte les perles, je tricote, je coupe et je colle des papiers… Et j'apprends. Et je travaille. Et je brode et je tâtonne… avec le sentiment que ce que je fais est très très important (c'est drôle, ça).

On me confie la rédaction d'un premier guide pratique, puis d'un deuxième… Je deviens secrétaire de rédaction. Et, comme je parle anglais, le lis couramment et que j'aime me triturer les méninges, on me propose de traduire un premier livre de patchwork. Entre-temps, la maison a été vendue à un groupe hollandais et une nouvelle directrice générale occupe le grand bureau. Elle a la volonté de grossir le nombre de publications mais pas vraiment l'effectif de la rédaction (…) et monte une équipe de free-lances… Il lui faut quelqu'un qui coordonne ces travaux. Ce sera moi parce que la question m'est posée et que je dis oui et certainement aussi parce que d'autres ont dit non avant moi. Et pourquoi j'accepte ? Pour voir encore autre chose et sortir de la spécialité qui a moins de goût, à mes yeux, que la polyvalence.

Les choses de mon quotidien professionnel se mêlent à une sauce nouvelle : je suis dans la maison depuis 5 ans, j'ai des idées de livres ou de développement dans mes tiroirs… mais ça sert à quoi de les garder fermés ? Un matin, un de ces matins où on est prêt à jouer tout ce qu'on a, je frappe à la porte de la directrice générale et j'entre, tremblante comme une feuille, pour lui dire ceci : "je souhaite vous faire part de mon désir d'évoluer encore dans cette société" (je l'ai tellement répétée cette phrase que je m'en souviens encore). Elle m'invite à m'asseoir et je lui montre mon petit carnet d'idées. Et je l'entends chercher une réponse… Deux jours plus tard, elle me convoque et je me retrouve nez à nez avec le nouveau "chairman" du groupe. "Qu'est-ce que vous pensez de notre gamme presse ?". Ouf ! Comme ça ? Je n'ai plus aucun souvenir de ce que j'ai pu dire… mais je sais que je suis ressortie DU bureau avec la charge d'une étude de ces titres presse justement. J'y ai travaillé la nuit, le week-end. Après tout, c'est moi qui l'avais voulu. Quelques mois après, j'étais nommée rédactrice en chef, en charge de tous les titres de la maison (200 quand même) et on changeait encore de direction… enfin, pas tout à fait. La directrice générale est partie en octobre 2006, le nouveau directeur arrivera en février de l'année suivante… Je n'en dirai pas plus, devoir de confidentialité oblige.

Les 15 mois suivants, je les ai passés comme dans un tourbillon. 200 titres à produire, un marché en perte de vitesse, la nécessité de créer de la nouveauté mais avec un budget qu'on me demande dans le même temps de baisser… je passe de la coordination de free-lances au management d'une équipe de 10 personnes en interne… Première expérience de management. Comment remettre des énergies en mouvement, des savoir-faire en action et des personnes en confiance ? Exercice difficile pour moi qui suis la moins ancienne dans la société, la plus jeune aussi, et totalement néophyte dans ce domaine… beaucoup de réticences, pas mal de mises au point, mais aussi beaucoup d'efforts de la part de toute l'équipe pour "y arriver". C'est sans doute mon expérience la plus enrichissante et la plus dynamisante.

J'ai relevé pas mal de défis, avec quelques beaux succès et d'inévitables échecs. Ça fait partie de la vie, de la mienne comme celle de l'entreprise… J'ai grandi avec l'entreprise, j'ai pris soin de la confiance qu'on avait mise en moi à plusieurs reprises et je n'ai jamais boudé la chance qui se présentait, la saisissant à deux mains. Je me suis bougée aussi, et j'ai donné plus que ce que je croyais avoir. J'ai cultivé cette exigence qu'on peut avoir vis-à-vis de soi mais aussi vis-à-vis des autres. L'à-peu-près et la polyvalence n'ont rien à faire ensemble en dépit des apparences, même dans les loisirs créatifs qui sont tout sauf du bidouillage. Donc exigence envers soi et envers les autres. Les autres, ce ne sont pas que les membres de l'équipe qu'on manage, c'est aussi celui qui occupe le grand bureau. Ça paraît dingue ou présomptueux de suggérer que l'on est en droit d'attendre quelque chose de son patron, comme une vision sur l'avenir, une stratégie d'entreprise ? Pas tant que ça. Nul n'est tenu de faire l'impossible. Et l'impossible pour moi, c'est de marcher sans savoir vers quoi je marche.

Dans l'incompréhension totale de mes proches mais avec leur soutien inconditionnel, je donne ma démission en septembre 2006 pour partir fin décembre, avec dans l'idée de créer ma petite entreprise. Mon compagnon quitte son emploi et nous partons tous les deux dans un coin du Tarn pour lequel nous avons eu un coup de cœur. Nous achetons une vieille maison, nous mettons notre appart en vente, nous crédit-relayons (car nous sommes surtout propriétaires de 2 prêts pour le moment) et en juillet de cette année, je crée ma micro-entreprise en tant qu'artiste-auteure traductrice. Dans le même temps, j'ouvre un compte dans une société de portage pour élargir mes prestations. Mon premier client ? La maison d'édition dont je suis partie, qui a retrouvé une direction et un projet. Mon deuxième client ? Une société de corrections : ce type de travail demande beaucoup (de la réactivité, de la rapidité, de la disponibilité), paie mal mais on peut obtenir un volume et une régularité intéressants. Je le fais aussi pour me souvenir de mes débuts et garder les pieds sur terre.

Ma vision pour demain : dégager suffisamment de temps pour monter le premier livre que je présenterai à un éditeur. Travail en cours, d'ailleurs…

Et LE projet de ma vie professionnelle, l'idée qu'on a une fois dans sa vie : je viens de l'avoir sans pouvoir la concrétiser tout de suite. aïe !

Une journée type :

Pour éviter de papillonner sur le Net et de m'y perdre, d'articles intéressants en articles intéressants, je m'impose un emploi du temps strict. Je me lève vers 6 heures. A 7 heures, je suis devant l'ordinateur et je commence à lire mes mails sur ma boîte professionnelle. Je réponds à tous (car en général, tous sont importants). Je vais consulter les offres de missions sur les sites spécialisés sur lesquels je suis inscrite (une dizaine). Je vais voir mon blog en 5 minutes.
Je me mets au travail (cette semaine, traduction d'un très beau livre) et je ne décroche pas jusqu'à ce que j'aie fait le travail programmé pour la journée (là aussi, pour tenir les délais, je me suis fait un planning où je note précisément le nombre de pages à traduire dans la journée). Pas de cas généralisable : je peux finir à 16 heures comme à 21 heures, voire plus. Quand je n'ai pas de missions en cours, je passe beaucoup de temps dehors ou dedans pour les choses personnelles de ma vie : l'amitié, les rencontres nouvelles, l'amour, le jardin, les balades, la cuisine, le bricolage… c'est pas dans l'ordre d'importance ! Et, bien sûr, je pars à la recherche de nouvelles missions tout le temps.

Une anecdote sur mon job :

Lors d'une réunion dans le grand bureau avec plein de gens importants, cet aparté de ma directrice à mon attention : "je vais te tutoyer, Céline, car dans ce bureau, tu es la seule que je vouvoie et je ne voudrais pas que tu te sentes exclue". De quoi ? Je n'ai pas osé le demander et j'aime le vouvoiement, parce qu'il peut jouer dans les entreprises le rôle que joue l'uniforme dans les écoles anglaises : il enlève les signes (superflus) d'appartenance à une caste. Il donne d'emblée aux dialogues un fond de respect et écarte naturellement les écarts de langage…

Ce qui me plaît :

Pour faire court : ce qui est nouveau pour moi, la peau de l'entrepreneure. Prospecter, démarcher, proposer, essayer de convaincre… et en général, arriver à comprendre aujourd'hui ce que je ne comprenais pas hier (avec toute la marge d'erreurs que cela suppose).
Et, Christian, ce qui me plaît là tout de suite, c'est d'avoir l'occasion de m'asseoir sur le bord du chemin pour réfléchir à tout ça… Merci !

Ce qui me déplaît :

ne pas être en mesure de donner vie, dans l'immédiat, aux projets nouveaux qui, pour garder tout leur intérêt, demanderaient à être mis sur pied sans perdre de temps. J'ai parfois le sentiment d'avoir des projets trop grands pour ma petite structure de 1 personne et ça me déprime ! Et puis, pour être honnête, les problèmes de trésorerie !