Profession :

Consultant.

Je suis Ingénieur et je suis un véritable mercenaire des missions industrielles.
Etre Consultant, c’est un peu pour moi comme si j’étais à mon compte. La première de mes tâches consiste en un travail de fond pour développer mon savoir et mon réseau. J’évolue avec mon vécu, mes relations, et je les élargie en allant à la rencontre de nouvelles personnalités. Il y a donc là une démarche de marketing.
A l’affut d’opportunités d’évolutions, je sollicite des entreprises porteuses de nouveaux projets.
Lorsque j’ai été suffisamment convainquant, nous signons un contrat et je démarre ma prestation.
De part mes formations professionnelles ( Mesures Physiques, CFPA en électronique et automatismes, Ingénieur du CESI ), ainsi que de la variété des missions que j’ai déjà effectuées, j’apporte dans un premier temps ma curiosité, mon esprit de synthèse et ma ténacité.

Dès le départ, je prends connaissance de l’objectif que mon client me donne, qui correspond à un objectif collectif que l’entreprise doit atteindre.
Je procède souvent par audit. Cette première phase est la plus critique, car il faut savoir doser sa présence et ses questions pour réussir son intégration. Il n’y a pas dans cette phase de production de valeur. Il me faut faire un état des lieux qui va me permettre d’identifier où sont les compétences, et comment les faire travailler ensemble avec une bonne cohésion constructive. Il me faut également apprendre le produit, le procédé de fabrication, et l’organisation du site de production.

En parallèle, je rédige des documents qui décrivent ces savoirs faire de l’entreprise : modes opératoires ( ou procédures ), modélisation du fonctionnement de l’organisation. Il m’est possible de travailler sur des sujets techniques de recherche et développement, des sujets de réorganisation industrielle et de réduction des coûts, des études de rentabilité, des fonctions de management, de pilotage et d’encadrement d’équipes.
Les missions que l’on me propose sont souvent des missions d’industrialisation. Par industrialisation, on entend passage d’une phase de développement d’un prototype vers une phase de production grande série.

Pour cela, il est nécessaire de vérifier que l’outil de production est adapté ( outils de production déjà utilisé pour d’autres produits ). Dans le cas contraire, il faut envisager le développement de nouveaux équipements, voire d’une ligne complète de production, voire encore d’une usine. Il est commun de devoir définir les « flux matières » dans l’usine ( comment doit circuler l’encours au sein de l’atelier, où doit-on implanter les stocks, … ). Au-delà des équipements de production, il est indispensable de définir quels contrôles doivent être fait, avec quels moyens, et où les implanter.
La plupart du temps, le client dispose déjà d’un portefeuille de fournisseurs qu’ils ont validé. Il arrive que de nouveaux fournisseurs soient à évaluer et à valider.
La phase de transition prototype – grande série implique de vérifier que la gamme de montage sera suffisamment réfléchie pour permettre un montage suffisamment rapide et ne dégradant pas les conditions prévues par la norme de l’ergonomie du CHSCT. ( Comité d’hygiène et sécurité ). Il peut arriver de demander des changements sur le prototype.
Le mode opératoire de la gamme de montage étant défini, les équipements sont à développer.
J’entre alors dans une phase d’élaboration de cahiers des charges à destination des fournisseurs, qui précise ce que les équipements doivent être capable de faire, et ce que la conception doit respecter selon les normes en vigueur pour garantir la sécurité des personnes, la sécurité des biens, la maintenabilité, et bien sûr réaliser la fonction voulu de manière fiable et répétable, avec une cadence correcte et une qualité suffisante. Il peut arriver d’anticiper des évolutions ultérieures de ces équipements.

Ce cahier des charges est le fruit d’un travail de groupe, qui incluse tous les services concernés de l’entreprise : maintenance, process, méthode, qualité, production, CHSCT. Il se fait également selon la norme applicable qui définit les processus de développement et de validation.
Démarre alors des séances de réunions avec les fournisseurs, qui proposent leurs solutions techniques et établissent un devis.
Il est possible de devoir choisir entre plusieurs fournisseurs pour un même équipement.

S’en suit alors un gros travail de coordination interne et externe, qui se traduit concrètement par l’organisation et l’animation de réunions, et l’échanges d’informations par mail ou rapports, jusque validations et constitution des dossiers de suivi des affaires pour garantir une bonne traçabilité et permettre à mes successeurs de prendre la relève.
Pour ma part, ma mission est terminée lorsque l’objectif du projet est atteint. L’entreprise peut soit me proposer un second projet, soit me remercier. Je vogue alors vers de nouvelles aventures.

Lieu :

Ces postes demande de la mobilité. En effet, il n’y aura pas forcément plusieurs missions de consultant au même endroit. D’autre part, lorsqu’une entreprise recrute un consultant, elle reçoit plusieurs candidats, si bien qu’il ne m’est pas possible de savoir d’avance sur quel projet je serai retenu, ni la durée intermission. La durée moyenne d’une mission se situe aux alentours de 9 mois, et varie de 3 mois à 3 ans. Il faut être capable d’organiser un voyage en avion, en train ou en voiture quasiment d’un jour sur l’autre. Les missions sont pour la plupart basées en France, mais pourquoi pas à l’international, étant donné le contexte de la mondialisation. Lorsqu’une mission a démarré, il faut également prévoir des déplacements ponctuels dans le cadre du projet.

Comment je suis arrivé là :

A l’issue de ma formation initiale à l’IUT Mesures Physiques, je m’attendais à intégrer une entreprise et y faire carrière. Dans les faits, le contexte économique était plutôt morose et il devenait difficile de se placer et de faire sa place dans l’industrie. J’ai donc cumulé durant plusieurs années des petites missions de quelques mois, coupées par plusieurs périodes de recherche d’emploi.

Durant 5 ans, je considérais cette mobilité comme un échec. Elle est bien évidemment pour moi aujourd’hui un atout, dans le sens où je ne me suis jamais endormi sur mes acquis. A chaque nouvelle mission un nouveau défit ou tout est à refaire. La mobilité permet également d’avoir une vision globale de l’entreprise, et cette vision globale est très utile pour mes nouveaux clients car elle apporte du recul et permet de capitaliser énormément.

Plus tard, j’ai intégré des postes qui m’ont permis de faire valoir mon expertise et de la démontrer sur des sujets très techniques. J’ai ensuite bénéficier d’opportunités pour reprendre à 2 reprises mes études et compléter ma formation technique par une formation en électronique, puis en management et gestion de projets en école d’ingénieur.

Une journée type :

La journée démarre par la lecture des informations que l’on me donne : emails, comptes rendus.
L’étape suivante est un point sur ce qui a été fait. Où en est-on par rapport au projet global. Quelles sont les actions en cours, quelles sont les actions à mettre en place, quelles sont les actions à vérifier, quels sont les points bloquants.
Il est alors judicieux de chercher à débloquer les points bloquants en sollicitant l’organisation à disposition après avoir identifié où se trouvent les compétences appropriées et s’être informé de leurs disponibilités.
Commence alors le travail personnel qui consiste à identifier les tâches les plus importantes à réaliser et de procéder par priorité.
Certaines tâches nécessitent l’intervention de plusieurs tiers. Il faut alors planifier n tenant compte de toutes les contraintes.
Des rapports de l’activité sont à rédiger et à transmettre au client régulièrement ( une fois par semaine environ ), ou au cas par cas lorsque nécessaire.
Le soir venu, il n’est pas inutile de faire un nouveau point et de prévoir ce qui doit être fait le lendemain.

Une anecdote sur mon job :

1/ Un client : « c’est bon, j’ai fait la demande auprès du service de sécurité : tu pourras accéder au site 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 ».

Moi : « Merci ».

2/ Comment passer d’une fête de famille bien conviviale et arrosée ou tout le monde rit et parle fort en une réunion téléphonique avec un responsable américain sur une intervention de maintenance un vendredi soir à 19 h lorsqu’il m’appelle sur mon téléphone portable.

3/ un client lors de notre démarrage d’un site de production industriel en Alabama dans le secteur automobile. Nous nous préparions à un voyage sur site. C’était pour lui la première fois qu’il mettait le pieds aux Etats-Unis.
Le trajet était planifié par les services secrétaires de direction.
Responsable procédé et Industrialisation : « Il n’y a plus de voiture de location disponible pour notre arrivée. Une personne viendra nous chercher en Limousine.

Ce qui me plait :

L’autonomie et la reconnaissance. Je suis un peu mon propre patron. Mon client me donne des directives générales et j’avance seul sur mon projet. Des mises au point sont faites lors d’une réunion hebdomadaire au départ, puis plus espacées par la suite. J’organise ma journée comme je l’entends. Je mets un point d’honneur à réaliser un travail de qualité et d’apporter une réelle valeur ajoutée à l’entreprise, car j’estime qu’un consultant se doit d’être bon, et c’est ce que permet la capitalisation de l’expérience au fil des missions.

Le métier de Consultant permet l’accès à des projets très différents. Il m’est arrivé de travailler sur des démarrages d’usines, mais il m’est également arrivé de travailler sur des sujets de collecte des ordures. Dans ce dernier cas, la mission consiste à gérer la population d’une cité, l’organisation de la collecte des ordures, et proposer des voies d’amélioration, par exemple sur la problématique des dégradations des locaux. Cette mission devient plus large lorsqu’on aborde ce sujet car dans ce cas, la gendarmerie fait parti de l’organisation, ainsi que la mairie pour avancer sur la problématique de la délinquance, ou les services sociaux.

Il m’est arrivé de travailler dans la microélectronique, l’aéronautique, l’automobile, l’électronique et la mécanique, et de côtoyer et travailler avec des directeurs de sites, des chefs de service, des opérateurs. Mes interlocuteurs sont variés : informaticiens, acheteurs, techniciens de maintenance, ingénieur qualité, responsable de production, responsables de laboratoire, commercial, gardiens, …

Ce qui me déplait :

La période d’intégration n’est pas facile. En effet, lors de mon arrivée, j’ai la surprise de découvrir le contexte social de l’entreprise : conflits d’intérêts, préjugés sur le coût de ma prestation. Je suis au départ tributaire de la volonté ou non de mes collègues de travail de m’intégrer. Tout démarrage en entreprise nécessite de part et d’autre un apprentissage, il passe par le jaugeage de la distance à respecter entre individus. Cette intégration est inégale puisque un salarié appartenant à la société depuis un certain temps aura tendance à se plaindre pour rien de ma présence ou de ma méthode. De mon côté, en intégrant une entreprise, je ne connais personne et je n’ai pas le pouvoir de contrecarrer ce désagrément certain. Je ne peux que poursuivre ma tâche et démontrer ultérieurement l’intérêt commun que nous avons à collaborer. C’est ainsi qu’il m’est arrivé de devoir malheureusement sans raison quitter une entreprise à la demande de mon client, ce qui implique une réorganisation lourde de mon contexte personnel et a un impact certain sur la vision que ma famille a de moi ( préjugé de l’ultra mobilité = échec )

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